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Revue de presse
La Vie de marchandise

de William Pellier

Mise en scène

Comédie de Saint-Etienne, Centre Dramatique National - 2001

Création à la Comédie de Saint-Etienne - Centre Dramatique National

Avec Arlette Allain
et Jean-Pierre Laurent
Mise en scène Louis Bonnet
Costumes Ouria Khouhli
Scénographie Jean-Pierre Laporte
Environnement sonore Bruno Meillier, Daniel Cerisier
Animation vidéo 642 ex machina

Du 23 octobre
au 28 novembre 2001

La Vie de marchandise
a été sélectionné par le Comité de lecture de la Comédie de Saint-Etienne

« La Vie de marchandise »
au théâtre René-Lesage

La Comédie de Saint-Etienne présente depuis hier « La Vie de marchandise » de l’auteur contemporain William Pellier.

Il s’agit d’un couple interprété par Arlette Allain et Jean-Pierre Laurent. Ils sont arrivés à cette fin de vie où l’on se demande : « J’ai été quoi ? J’ai fait quoi ? Que reste-t-il de moi et quand les choses ont-elles changé ? ».

Dans cet espace de temps précieux parce que pressé, et alors qu’ils ont tant à dire, ils n’ont personne à qui parler. Alors, ils regardent défiler leur vie comme un album d’images, avec les mots de tous les jours. Louis Bonnet, le metteur en scène, a beaucoup travaillé sur les finesses du texte et du jeu, séduit par une écriture à la fois contemporaine et forte : « Ce n’est pas une pièce classique, dans la mesure où il n’y a pas d’actes, pas de scènes, pas de ponctuation. Dans une première partie, les deux personnages racontent leur quotidien. Comme tout le monde, par touches très légères, ils rient ou s’inquiètent. Mais il n’y a pas de pathos. C’est l’histoire simple de simples gens. Dans la seconde partie, l’homme monologue. Et l’on arrive vers la lumière…»

Gillette Duroure,
La Tribune / Loire matin / Le Progrès de Saint-Étienne,
24 octobre 2001

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Fin de partie

La Comédie de Saint-Étienne crée « La Vie de marchandise », une pièce du dramaturge lyonnais William Pellier qui évoque le naufrage de la vieillesse. Bouleversant.

« Ma femme et moi, on se tue dans deux semaines. » Les premiers mots de « La Vie de marchandise » donnent le ton. Nous sommes dans le théâtre de l’absurde. Une sensation confortée par le dialogue entre cet homme et cette femme imperméables au temps qui passe, aux valeurs mouvantes d’une société dont ils s’isolent volontairement par routine, par paresse intellectuelle, par mesquinerie. Comme ils n’ont rien à se dire, ils parlent d’eux-mêmes. Il n’y a d’ailleurs que cela qui les intéresse.

Entre Ionesco et le Café du commerce, William Pellier détaille ces petits riens qui meublent le quotidien de ce couple apparemment sans histoires, sans enfants (mais avec un caniche), qui a programmé son suicide non sans avoir réglé ses factures et laissé une lettre d’explication. Par petites touches, comme un pointilliste, le dramaturge lyonnais agence le puzzle de ces deux existences banales. Mais la sortie de route tourne au désastre. La mort programmée est finalement laissée à la discrétion de la Grande Faucheuse qui viendra les cueillir dans un hospice, décor de le deuxième partie d’une pièce qui vire au noir, dans le registre de l’amertume. Beckett n’est pas si loin.

Sensibilité

La boîte (décor de Jean-Pierre Laporte) dans laquelle sont enfermés les deux per-sonnages dans la première partie de la pièce évoque leur vie étriquée. Elle pourrait aussi suggérer le petit écran, seule ouver-ture vers l’extérieur ou bien le cadre d’une photo, ces clichés que l’on consulte inlassablement. Les trois bancs alignés de la deuxième suggèrent le parc d’un hospice où l’homme, seul, évoque l’autisme de sa femme et la perte progressive de son autonomie.

Le metteur en scène Louis Bonnet a choisi l’épure, laissant le spectateur libre d’interpréter le texte à l’aune de sa sensibilité. Comme s’ils étaient captés par la caméra indiscrète de « Strip-tease » (émission culte de France 3), Arlette Allain et surtout Jean-Pierre Laurent, poignant de bout en bout, s’effacent derrière la force des mots. Spectateur-voyeur, le public les accompagne dans leur dernière ligne droite, comme le promeneur subi l’hypnose du soleil qui s’efface derrière l’océan.

A. Mafra,
Le Progrès de Lyon / Lyon matin,
26 octobre 2001

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Une vie comme une marchandise

Arlette Allain et Jean-Pierre Laurent incarnent actuellement au théâtre René Lesage, à la Comédie de Saint-Étienne, un couple vieillissant au travers duquel percent la tendresse et le désarroi. Sur un texte écrit par William Pellier, ils parlent de cette « Vie de marchandise » qui est la leur. Ils en parlent calmement, confidentiellement, âprement aussi mais sans colère. Ils ont les mots de tous les jours, ceux derrière lesquels sourd un quotidien sordide. Si banal, cependant.

Louis Bonnet a choisi une mise en scène au plus près de ce huis-clos textuel. Dans une première partie, l’homme et la femme conversent dans une sorte de boîte où ils sont comme emmurés. Leur seul lien avec le monde extérieur est un magnétophone par l’intermédiaire duquel ils se remémorent les êtres chers (un caniche !) ou les instants heureux (un voyage, des mots fléchés, la construction de leur pavillon, la vie dans le villlage-vacances…)

Juste une histoire simple

Ils se regardent peu. Ils s’adressent rarement l’un à l’autre. C’est comme si leurs deux monologues figuraient des lignes de vie parallèles, comme si la pudeur empêchait la confidence. Il n’y a aucun exhibitionnisme : juste un grésil de complicité saupoudrée par touches délicates. Dans la seconde partie, l’homme se retrouve seul. Sa femme est en “ maison ”. Pourtant, ce qu’ils voulaient au départ, c’était mourir ensemble.

Ça devait être un 31 août et ils avaient tout prévu : “ On a pris la décision pendant qu’on était lucide ”. Même cette mort-là leur a été volée. Alors l’homme parle pour deux. Il dit que “ sa femme, elle n’a plus le goût à rien, qu’elle ne sort plus parce qu’elle n’a pas envie de tomber sur des vieux dans le couloir ”. Il dit surtout que “ c’est comme si on avait joué et qu’on avait perdu ”. Sur scène, sans aucun décor, un mouroir prend forme. Il se précise insidieusement, et ce qui est terrible, presque normalement, presque EVIDEMMENT.

Tout à la fin cependant, grâce à la magie de la technique (animation vidéo 6.4.2.), la lumière se fait peu à peu. Mais la lumière vers quoi ? Peut-être vers la seule étincelle de vie qui reste, cette certitude qu’on va mourir, en finir avec le regard des autres, ceux qui se demandent : à quoi ça sert tous ces petits vieux ?

Jean-Pierre Laurent est remarquable dans ce rôle dont la simplicité est très travaillée. Arlette Allain ne manque pas non plus de finesse dans son interprétation, mais son personnage paraît plus artificiel. La pièce est en tout cas prenante et l’on se demande comment l’auteur, à 36 ans, a pu rendre si bien cette vie ridée dont il est encore loin.

Gillette Duroure,
La Tribune / Loire matin / Le Progrès de Saint-Étienne,
5 novembre 2001

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Jouissive dépression !

« Moi et ma femme, on se tue dans deux semaines. » Cette entrée en matière de La Vie de marchandise, une pièce écrite par le jeune auteur lyonnais William Pellier, a séduit Louis Bonnet, metteur en scène à la Comédie de Saint-Étienne. Il a eu raison de ne pas se laisser rebuter par la noirceur liminaire du propos. S’il est tout sauf gai, le texte n’en est pas moins d’un humour féroce et d’une tendresse insidieuse qui captent l’attention et suscitent une forte émotion. Il nous confronte à un couple ordinaire arrivé au bout de son rouleau. On les trouve en train de vivre une fin de partie qui n’est pas loin de celle des personnages de Samuel Beckett. Ils évoquent patiemment un univers tissé de joies minuscules, de sensations dérisoires, de sentiments constitués essentiellement de médiocres rancunes à l’encontre d’un monde dont ils n’ont jamais vraiment fait partie, qui les a transformés en simples marchandises jetées sur un coin de route.

Petit à petit, on entre dans le cœur de leur drame : ils n’ont pas pu avoir d’enfant. Et le caniche à qui ils tentent vainement de donner ce rôle ne suffit pas à conférer une gaieté suffisante à cette existence morne qu’ils ont décidé de quitter, parce que c’est la seule solution pour rester ensemble.

La mise en scène de Louis Bonnet colle à l’esprit de cette partition tragique. Il a enfermé les deux comédiens, Arlette Allain et Jean-Pierre Laurent, dans une boîte qui souligne l’étroitesse de leur univers, et dont l’inclinaison fait penser qu’elle glisse vers le néant. L’attention se concentre sur le comique grinçant du texte. Et sur la qualité d’interprétation qui rend à ce couple ce qui fait sa force touchante : un réel amour qui vient trouer la froide grisaille de leur vie monotone.

Nicolas Blondeau,
Lyon capitale,
7 novembre 2001

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La vie derrière soi

Arlette Allain et surtout Jean-Pierre Laurent accompagnent le naufrage de la vieillesse vécu par les deux personnages de « La Vie de marchandise », une pièce de William Pellier actuellement à l’affiche de la Comédie de Saint-Étienne.

« Ma femme et moi, on se tue dans deux semaines. » Impossible d’oublier les premiers mots de La Vie de marchandise, des mots chargés de sens puisqu’ils conditionnent l’ensemble de cette pièce de William Pellier que Louis Bonnet a mis en scène pour la Comédie de Saint-Étienne. Le ton n’est pas au pathos, encore moins au mélo. Les deux personnages, enfermés dans les conventions sociales, isolés d’un monde qui évolue malgré eux, seuls avec leur caniche à défaut d’avoir pu enfanter, évoquent le passé à travers le prisme de leur existence médiocre. Parler deux, il n’y a d’ailleurs que cela qui les intéresse.

La Vie de marchandise démarre sur le registre du théâtre de l’absurde avant de plonger en deuxième partie dans l’univers de Beckett. C’est qu’entre temps, le suicide a tourné à la débâcle, renvoyant le couple dans un hospice, elle sur son lit, enfermée dans un mutisme total, lui dans le parc où il détaille par le menu les symptômes de la vieillesse.

Assez ouvert, le texte de William Pellier est avare d’indications, mais il laisse le champ à toutes les possibilités scéniques. Louis Bonnet a choisi la carte de l’épure. Les deux personnages sont enfermés dans une boîte qui pourrait suggérer aussi le petit écran, seule ouverture vers l’extérieur, que le diaporama d’une vie mesquine, sans histoires. Lorsque l’homme se retrouve seul, le décorateur Jean-Pierre Laporte évoque un banc public devant un cadre coloré progressivement grignoté par la grisaille. Ce choix, exigeant pour les acteurs, n’a pas dérouté Arlette Allain et surtout Jean-Pierre Laurent, poignant de bout en bout, qui s’effacent derrière la force des mots laissant le spectateur-voyeur confronté à sa propre expérience du voisinage avec la mort.

A. Mafra,
Les Petites affiches de la Loire / Les Petites affiches lyonnaises,
9 novembre 2001

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