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Revue de presse | |||||
La Vie de marchandise
de William Pellier |
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Mise en scène | |||||
Comédie de Saint-Etienne, Centre Dramatique National - 2001 |
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Création à la Comédie de Saint-Etienne - Centre Dramatique National
Avec Arlette Allain Du 23 octobre La Vie de marchandise |
« La Vie de marchandise » La Comédie de Saint-Etienne présente depuis hier « La Vie de marchandise » de lauteur contemporain William Pellier. Il sagit dun couple interprété par Arlette Allain et Jean-Pierre Laurent. Ils sont arrivés à cette fin de vie où lon se demande : « Jai été quoi ? Jai fait quoi ? Que reste-t-il de moi et quand les choses ont-elles changé ? ». Dans cet espace de temps précieux parce que pressé, et alors quils ont tant à dire, ils nont personne à qui parler. Alors, ils regardent défiler leur vie comme un album dimages, avec les mots de tous les jours. Louis Bonnet, le metteur en scène, a beaucoup travaillé sur les finesses du texte et du jeu, séduit par une écriture à la fois contemporaine et forte : « Ce nest pas une pièce classique, dans la mesure où il ny a pas dactes, pas de scènes, pas de ponctuation. Dans une première partie, les deux personnages racontent leur quotidien. Comme tout le monde, par touches très légères, ils rient ou sinquiètent. Mais il ny a pas de pathos. Cest lhistoire simple de simples gens. Dans la seconde partie, lhomme monologue. Et lon arrive vers la lumière » Gillette Duroure, |
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Fin de partie La Comédie de Saint-Étienne crée « La Vie de marchandise », une pièce du dramaturge lyonnais William Pellier qui évoque le naufrage de la vieillesse. Bouleversant. « Ma femme et moi, on se tue dans deux semaines. » Les premiers mots de « La Vie de marchandise » donnent le ton. Nous sommes dans le théâtre de labsurde. Une sensation confortée par le dialogue entre cet homme et cette femme imperméables au temps qui passe, aux valeurs mouvantes dune société dont ils sisolent volontairement par routine, par paresse intellectuelle, par mesquinerie. Comme ils nont rien à se dire, ils parlent deux-mêmes. Il ny a dailleurs que cela qui les intéresse. Entre Ionesco et le Café du commerce, William Pellier détaille ces petits riens qui meublent le quotidien de ce couple apparemment sans histoires, sans enfants (mais avec un caniche), qui a programmé son suicide non sans avoir réglé ses factures et laissé une lettre dexplication. Par petites touches, comme un pointilliste, le dramaturge lyonnais agence le puzzle de ces deux existences banales. Mais la sortie de route tourne au désastre. La mort programmée est finalement laissée à la discrétion de la Grande Faucheuse qui viendra les cueillir dans un hospice, décor de le deuxième partie dune pièce qui vire au noir, dans le registre de lamertume. Beckett nest pas si loin. Sensibilité La boîte (décor de Jean-Pierre Laporte) dans laquelle sont enfermés les deux per-sonnages dans la première partie de la pièce évoque leur vie étriquée. Elle pourrait aussi suggérer le petit écran, seule ouver-ture vers lextérieur ou bien le cadre dune photo, ces clichés que lon consulte inlassablement. Les trois bancs alignés de la deuxième suggèrent le parc dun hospice où lhomme, seul, évoque lautisme de sa femme et la perte progressive de son autonomie. Le metteur en scène Louis Bonnet a choisi lépure, laissant le spectateur libre dinterpréter le texte à laune de sa sensibilité. Comme sils étaient captés par la caméra indiscrète de « Strip-tease » (émission culte de France 3), Arlette Allain et surtout Jean-Pierre Laurent, poignant de bout en bout, seffacent derrière la force des mots. Spectateur-voyeur, le public les accompagne dans leur dernière ligne droite, comme le promeneur subi lhypnose du soleil qui sefface derrière locéan. A. Mafra, |
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Une vie comme une marchandise Arlette Allain et Jean-Pierre Laurent incarnent actuellement au théâtre René Lesage, à la Comédie de Saint-Étienne, un couple vieillissant au travers duquel percent la tendresse et le désarroi. Sur un texte écrit par William Pellier, ils parlent de cette « Vie de marchandise » qui est la leur. Ils en parlent calmement, confidentiellement, âprement aussi mais sans colère. Ils ont les mots de tous les jours, ceux derrière lesquels sourd un quotidien sordide. Si banal, cependant. Louis Bonnet a choisi une mise en scène au plus près de ce huis-clos textuel. Dans une première partie, lhomme et la femme conversent dans une sorte de boîte où ils sont comme emmurés. Leur seul lien avec le monde extérieur est un magnétophone par lintermédiaire duquel ils se remémorent les êtres chers (un caniche !) ou les instants heureux (un voyage, des mots fléchés, la construction de leur pavillon, la vie dans le villlage-vacances ) Juste une histoire simple Ils se regardent peu. Ils sadressent rarement lun à lautre. Cest comme si leurs deux monologues figuraient des lignes de vie parallèles, comme si la pudeur empêchait la confidence. Il ny a aucun exhibitionnisme : juste un grésil de complicité saupoudrée par touches délicates. Dans la seconde partie, lhomme se retrouve seul. Sa femme est en maison . Pourtant, ce quils voulaient au départ, cétait mourir ensemble. Ça devait être un 31 août et ils avaient tout prévu : On a pris la décision pendant quon était lucide . Même cette mort-là leur a été volée. Alors lhomme parle pour deux. Il dit que sa femme, elle na plus le goût à rien, quelle ne sort plus parce quelle na pas envie de tomber sur des vieux dans le couloir . Il dit surtout que cest comme si on avait joué et quon avait perdu . Sur scène, sans aucun décor, un mouroir prend forme. Il se précise insidieusement, et ce qui est terrible, presque normalement, presque EVIDEMMENT. Tout à la fin cependant, grâce à la magie de la technique (animation vidéo 6.4.2.), la lumière se fait peu à peu. Mais la lumière vers quoi ? Peut-être vers la seule étincelle de vie qui reste, cette certitude quon va mourir, en finir avec le regard des autres, ceux qui se demandent : à quoi ça sert tous ces petits vieux ? Jean-Pierre Laurent est remarquable dans ce rôle dont la simplicité est très travaillée. Arlette Allain ne manque pas non plus de finesse dans son interprétation, mais son personnage paraît plus artificiel. La pièce est en tout cas prenante et lon se demande comment lauteur, à 36 ans, a pu rendre si bien cette vie ridée dont il est encore loin. Gillette Duroure, |
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Jouissive dépression ! « Moi et ma femme, on se tue dans deux semaines. » Cette entrée en matière de La Vie de marchandise, une pièce écrite par le jeune auteur lyonnais William Pellier, a séduit Louis Bonnet, metteur en scène à la Comédie de Saint-Étienne. Il a eu raison de ne pas se laisser rebuter par la noirceur liminaire du propos. Sil est tout sauf gai, le texte nen est pas moins dun humour féroce et dune tendresse insidieuse qui captent lattention et suscitent une forte émotion. Il nous confronte à un couple ordinaire arrivé au bout de son rouleau. On les trouve en train de vivre une fin de partie qui nest pas loin de celle des personnages de Samuel Beckett. Ils évoquent patiemment un univers tissé de joies minuscules, de sensations dérisoires, de sentiments constitués essentiellement de médiocres rancunes à lencontre dun monde dont ils nont jamais vraiment fait partie, qui les a transformés en simples marchandises jetées sur un coin de route. Petit à petit, on entre dans le cur de leur drame : ils nont pas pu avoir denfant. Et le caniche à qui ils tentent vainement de donner ce rôle ne suffit pas à conférer une gaieté suffisante à cette existence morne quils ont décidé de quitter, parce que cest la seule solution pour rester ensemble. La mise en scène de Louis Bonnet colle à lesprit de cette partition tragique. Il a enfermé les deux comédiens, Arlette Allain et Jean-Pierre Laurent, dans une boîte qui souligne létroitesse de leur univers, et dont linclinaison fait penser quelle glisse vers le néant. Lattention se concentre sur le comique grinçant du texte. Et sur la qualité dinterprétation qui rend à ce couple ce qui fait sa force touchante : un réel amour qui vient trouer la froide grisaille de leur vie monotone. Nicolas Blondeau, |
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La vie derrière soi Arlette Allain et surtout Jean-Pierre Laurent accompagnent le naufrage de la vieillesse vécu par les deux personnages de « La Vie de marchandise », une pièce de William Pellier actuellement à laffiche de la Comédie de Saint-Étienne. « Ma femme et moi, on se tue dans deux semaines. » Impossible doublier les premiers mots de La Vie de marchandise, des mots chargés de sens puisquils conditionnent lensemble de cette pièce de William Pellier que Louis Bonnet a mis en scène pour la Comédie de Saint-Étienne. Le ton nest pas au pathos, encore moins au mélo. Les deux personnages, enfermés dans les conventions sociales, isolés dun monde qui évolue malgré eux, seuls avec leur caniche à défaut davoir pu enfanter, évoquent le passé à travers le prisme de leur existence médiocre. Parler deux, il ny a dailleurs que cela qui les intéresse. La Vie de marchandise démarre sur le registre du théâtre de labsurde avant de plonger en deuxième partie dans lunivers de Beckett. Cest quentre temps, le suicide a tourné à la débâcle, renvoyant le couple dans un hospice, elle sur son lit, enfermée dans un mutisme total, lui dans le parc où il détaille par le menu les symptômes de la vieillesse. Assez ouvert, le texte de William Pellier est avare dindications, mais il laisse le champ à toutes les possibilités scéniques. Louis Bonnet a choisi la carte de lépure. Les deux personnages sont enfermés dans une boîte qui pourrait suggérer aussi le petit écran, seule ouverture vers lextérieur, que le diaporama dune vie mesquine, sans histoires. Lorsque lhomme se retrouve seul, le décorateur Jean-Pierre Laporte évoque un banc public devant un cadre coloré progressivement grignoté par la grisaille. Ce choix, exigeant pour les acteurs, na pas dérouté Arlette Allain et surtout Jean-Pierre Laurent, poignant de bout en bout, qui seffacent derrière la force des mots laissant le spectateur-voyeur confronté à sa propre expérience du voisinage avec la mort. A. Mafra, |
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